The Unplayed Note
Ce que l'actualité ne sait pas d'elle-même
Tous les articles
Monde juif  ·  Ynet / Maariv · Mai 2026

La cerise est arrivée la première.

Sur un flanc de colline au-dessus de la frontière libanaise, un agriculteur cueille des fruits sous les roquettes. Son stress n'a rien à voir avec la guerre.

Ynet / Maariv · Mai 2026

Quand la guerre a éclaté en octobre 2023, Yoni Yakobi n'imaginait pas ouvrir la saison des cerises dix-huit mois plus tard sous les tirs. Sa ferme est à Margaliot — un moshav collé à la frontière libanaise, si proche que ses maisons sont visibles de l'autre côté. Sept dunams de cerisiers. Trois tonnes de fruits en année normale.

Ce n'est pas une année normale.

En janvier, quand les arbres avaient besoin d'être traités et encouragés dans leur réveil annuel, l'armée lui a dit qu'il ne pouvait pas entrer dans ses vergers. Pendant un mois, les arbres ont attendu sans lui. Ils se sont réveillés tard, incomplètement, et le rendement a chuté. Ensuite les travailleurs étrangers dont il dépend pour la récolte ne sont pas venus : le gouvernement a fermé le ciel, et les ouvriers thaïlandais qui cueillent les cerises chaque printemps dans toute la Galilée n'ont pas pu entrer.

Il cueille quand même. Avec qui il peut trouver. Dans les conditions qui existent ce matin-là.

« Je travaille avec tellement de stress, dit-il, que je n'ai même pas la possibilité de penser à la situation. »

Les cerises mûrissent. Les roquettes tombent. Et quelque part sur un flanc de colline au-dessus de la frontière libanaise, un homme tend la main vers un arbre.

Relisez cette phrase. Lentement.

Il ne dit pas : malgré la guerre, je continue à travailler. Ce serait une histoire de courage — un homme qui avance malgré la difficulté, qui tient bon contre toute attente. Nous connaissons cette histoire. C'est une bonne histoire. Ce n'est pas celle-ci.

Ce que dit Yoni Yakobi est structurellement différent. Il dit : la cerise est tellement présente, tellement immédiate, tellement réelle dans ses exigences — le rendement, les ouvriers, le timing, le poids de chaque fruit — que la guerre n'a pas trouvé d'endroit où se poser. Non pas parce que la guerre n'est pas là. Elle est là. Les roquettes sont audibles depuis son verger. Mais la cerise est arrivée la première.

C'est ce que le titre ne peut pas dire de lui-même : le stress n'est pas la guerre. Le stress c'est la récolte. La guerre est l'arrière-plan. La cerise est le premier plan. Et dans cette inversion — silencieuse, anodine, rapportée presque en passant — réside quelque chose qu'il faut toute une vie pour comprendre et que presque personne ne parvient à vivre.

Le contraire de la peur n'est pas le courage. Le courage sait encore que la menace est première. Le contraire de la peur — le vrai contraire, le contraire structurel — c'est la présence. L'état dans lequel quelque chose de vivant occupe si pleinement votre attention que la menace, réelle qu'elle soit, ne peut pas trouver le centre de la pièce. Elle trouve les bords. Elle fait du bruit aux bords. Mais le centre appartient à la cerise.

La tradition hassidique appelle cela tov — le bien, le vivant, le générateur — comme la couche la plus fondamentale de la réalité. Non pas plus puissant que le danger. Non pas plus sûr. Plus réel. Le cerisier ne sait pas qu'il y a une guerre. Il sait que c'est mai. Il sait que la lumière est longue et que la terre est chaude et que le fruit est prêt. Et l'homme qui en prend soin, dans l'acte même d'en prendre soin, entre pour un moment dans cette connaissance.

Il n'échappe pas à la guerre. Il se souvient, par ses mains, de ce qui la précède.

Les roquettes tomberont ou non. Le rendement sera faible. Les ouvriers ne sont pas venus. Les arbres se sont réveillés tard. Tout ce qui pouvait mal tourner a quelque peu mal tourné — et les cerises mûrissent quand même, sur un flanc de colline au-dessus du Liban, entre les mains d'un homme trop occupé par la vie pour être consumé par son interruption.

Ce n'est pas un détail. C'est toute l'histoire.